Laura Soares

Comment je vais faire pour vivre dans ce monde fou?

Pour quoi vivre?

C'était les questions que je me posais déjà toute jeune.

 

Je me suis pourtant adaptée, gardant mes questions et mes visions pour moi et j'ai fait comme on me disait de faire.

J'ai fait taire mon intuition qui me disait qu'il y avait autre chose et qu'on n'est pas ici juste pour naître, aller se faire programmer à l'école, avoir un boulot, une maison, un conjoint, des enfants, un chien, une voiture, voyager, se retrouver un jour à la retraite et mourir enfin, sans avoir su ce qu'on est venu faire là, et pourquoi.

 

Sans se préoccuper de savoir ce qu'est le vrai bonheur...et qui on est.

Certains diraient que c'est la possession de toutes ces choses qui apporte le bonheur.

J'ai constaté que non.

Je ne voyais pas grand monde heureux autour de moi, mais ça n'avait l'air de gêner personne.

 

Cela n'a pas changé.

Mon intuition, la vision et les perceptions naturelles que j'avais (et qui sont en chacun) ne pouvaient pas se taire complètement, cependant, et m'ont toujours poussée à chercher à me connaitre et connaitre ce qu'il y a de plus fondamental au coeur de la vie. 

Ce qu'on voulait me montrer ne correspondait pas à ce que je voyais derrière les apparences et les masques.

J'ai fini par réaliser que tout ce qu'on m'avait proposé était dénué de joie, de vie et de sens, y compris et surtout dans les relations. Tout est si superficiel et vide, qu'il n'est pas étonnant que la dépression,  la déception et toutes les émotions négatives, soient partout, dans tous les domaines de la vie. 

Des relations où la joie et l'ouverture du coeur ne sont pas présentes, ne sont tout simplement pas des relations, et n'aboutissent qu'à de la souffrance.

 

J'ai  constaté aussi que les contrats et les compromis sont partout, remplaçant la liberté et la confiance. Dans la majorité des cas, les relations sont établies sur un mode de dominant-dominé, et souvent, bien plus qu'on ne le croit ou qu'on ne veut bien le voir, sur le mode de proie-prédateur. Et ce, qu'elles soient familiales, amicales, sociales, professionnelles...

Et la relation est pourtant le coeur de tout ce qui se passe dans ce monde. 

Que ce soit la relation à soi, aux autres, aux situations, ou au monde.

Le problème que j'ai toujours eu avant, c'est que je ne faisais pas confiance à ce que je voyais et percevais de manière pourtant très claire.

Je voyais, mais je ne croyais pas ce que je voyais.

Je savais, mais je ne croyais pas ce que je savais.

J'ai donc nié ce que j'étais, ce que je voyais, ce que je ressentais, et j'ai suivi le troupeau qui avance dans l'hypnose collective.

Provisoirement du moins, car on ne peut pas indéfiniment lutter contre ce qu'on est.

 

Donc, après presque toute une vie de recherches, d'expériences, d'apprentissages (connaissance de soi, méditation, yoga, retraites spirituelles, travail respiratoire, libération émotionnelle...) et surtout par la pratique, l'expérimentation et l'application des enseignements rencontrés, les blocages ont sauté les uns après les autres et une vision de plus en plus claire est revenue et continue à se déployer. Et en fin de compte, ce sont les apprentissages fondamentaux qui m'ont menée à un désaprentissage des concepts que je croyais vrais à propos de la vie, de l'humain, de tout.

Ces enseignements fondamentaux sont d'une simplicité désarmante, c'est pour ça qu'ils ne sont pas attrayants. Un truc désarmant n'intéresse pas ceux qui tiennent à garder leurs armes. Et puis, ce n'est pas sexy de parler de simplicité, dépouillement, ouverture du coeur, etc.

Pourtant tout le reste n'est que fioriture et illusion.

 

Au lieu d'aller vers un plus grand développement personnel, ce fut un dépouillement progressif de ce que je croyais être, une déprogrammation des programmes inconscients qui j'avais intégrés sans le savoir.

Je continue à désapprendre, mais, enfin, en accord avec moi-même et  de plus en plus désencombrée des croyances limitantes qui gouvernent le monde.

 

Tout cela m'a permis de créer et mettre en place une manière simple et efficace d'aller en soi, de prendre contact avec ce qui, en nous, est le plus vivant et fondamentalement heureux.

Et surtout de le vivre de plus en plus, concrètement.

Je partage maintenant cet entraînement de l'esprit, qui mène au renversement des concepts limitants , avec celles et ceux qui cherchent la liberté, la vérité et la direction du coeur, sans nier la dimension du corps dans l'action.

 

Pour pratiquer le lâcher-prise et s'alléger des fardeaux portés douloureusement et inutilement, rien de plus direct que de s'exercer à la présence consciente à soi, à la pratique d'un processus qui ne permet pas le compromis.

Avec, en plus, l'aide de la nature, la marche, la respiration, l'esprit se met plus volontiers en éveil, le corps se détend et se dynamise en même temps.

Et ce travail, cette rencontre avec soi, nous amène à une autre rencontre tout aussi précieuse : la rencontre de l'autre, sans les masques sociaux.

Et, dans la simplicité consciente, l'esprit en éveil et le corps détendu, se révèle ce que chacun cherche désespérément au fond de soi : sortir de l'hypnose, sortir de cette anesthésie collective et individuelle, et enfin vivre.

Et vivre, c'est respirer, aimer, sentir les pulsations dans chaque cellule de son corps, laisser tomber les masques et les concepts à propos de soi, des autres, du monde, ne pas se quitter, ne pas se perdre de vue.

 

Et finalement, il pourrait y avoir cette question, de Kenneth Wapnick :

"Qui serais-je sans moi?"

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